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À 35 ans, Alexandre a tout pour être heureux. Il vit de sa passion : le maraîchage en permaculture. Gwen et lui sont mariés depuis dix ans. Sa femme, sa mère, ses amis, ses voisins sont présents et le soutiennent.

Sauf qu’Alexandre étouffe…

Gabriel, étudiant en architecture d’intérieur, débarque dans sa vie. Fraîchement embauché pour l’assister pendant l’absence de Gwen, ce jeune homme va passer trois semaines à la ferme. 

Gabriel est différent. Son regard va bien au-delà des apparences. Et Alexandre voit le masque derrière lequel il se cache depuis des années doucement se fissurer… 

Alexandre arrivera-t-il à repousser les étranges sentiments que Gabriel fait naître en lui ? Prendra-t-il enfin conscience de sa vraie nature ?  

Ma vraie nature

3,99 €Prix
  • Marilou Privalli, 2023

    Collection : Gent (MxM) 🎩

    Sous-genre : Cute romance

    Format : ebook, ePub

    Nombre de mots : 53555

    Niveau d'érotisme : medium 🔥

    Univers : permaculture

    Tags : agriculture - coming out - famille

  • Les rayons du soleil levant inondent la nature qui m’entoure. Les derniers lambeaux des brumes matinales s’éternisent au-dessus du sol et contrastent avec les fils argentés qui parsèment les jeunes plantules. Le silence et la quiétude m’enveloppent et m’apaisent. Seul le chant des oiseaux trouble le calme ambiant. J’aime ce moment si particulier de la journée, où je retourne à la terre, où je me retrouve avec moi-même. J’inspire profondément. L’odeur de l’humus humide m’emplit les narines. 

    Je suis à ma place.

    Personne ne me dérange. Je n’ai à satisfaire aucune attente ni à jouer un rôle. Je ne suis plus un mari, un fils, un ami, un maraîcher. Je suis juste moi. Ces instants de liberté sont rares et précieux. Ils ne durent jamais longtemps. Pourtant, c’est grâce à eux que je peux affronter le reste de la journée. 

    Je me redresse et récupère ma grelinette. Aérer les parcelles manuellement me demande plus de temps, mais je me refuse à utiliser des engins thermiques et polluants. Ma vision des choses est simple : rien ne sert de vendre des légumes bio si l’écologie est le dernier de mes soucis. 

    La terre est la seule à m’accepter pleinement, sans faux-semblant. Je suis bien décidé à la respecter pour ça. Du pied, j’enfonce les piques métalliques dans la couche végétale et abaisse les poignées. Les mottes se soulèvent sans difficulté. Une pointe de fierté m’envahit. En dix ans de permaculture, le sol de mon exploitation maraîchère est devenu léger, noir et nutritif. Ici, j’enrichis l’humus, pas les grands groupes de l’industrie chimique. Mes muscles se tendent sous l’effort. Mon corps se couvre de sueur. J’aime offrir mon énergie pour mon métier, pour ma ferme. C’est ma raison de vivre et de continuer, jour après jour. 

    Le travail physique est un excellent défouloir. Je laisse toutes les tensions, les doutes, les peines s’évaporer. Mon esprit se vide. Je ne pense plus à rien. Les heures passent sans que j’en aie conscience, concentré sur les mouvements répétitifs de mon corps, sur le bruit de mon souffle.

    — Chéri ?

    La voix de Gwen, ma femme, vient rompre ce moment de paix. Mon regard pivote vers elle. Je l’observe pendant qu’elle s’approche. Ses mèches blondes brillent sous les rayons du soleil, son visage s’illumine d’un immense sourire. Elle avance entre les buttes pour me rejoindre. Insensible à sa bonne humeur, je refoule l’agacement d’être dérangé. J’ai souvent l’impression que personne ne comprend mon besoin de me retrouver seul. 

    — Je suis ici.

    Mon ton est plus irrité que je ne le voudrais. Elle n’est coupable de rien. C’est moi qui me replie peu à peu sur moi-même. 

    — Te voilà ! lance-t-elle joyeusement. Tu as bien avancé, dis-moi. Tu vas pouvoir semer rapidement. La terre est de plus en plus belle, c’est magnifique. La récolte de carottes et de panais va être incroyable cette année. 

    Elle prend le temps d’observer la butte de culture que j’ai retournée à l’instant. Je grommelle une réponse incompréhensible et me remets à l’ouvrage. Cela semble ne pas la contrarier outre mesure. Elle continue d’épiloguer sur le calendrier des semis, mais je me recentre sur ma grelinette. Ses paroles se perdent dans ma concentration. Je l’écoute d’une oreille distraite. 

    — Au fait, Papa a apporté la caravane, m’informe-t-elle comme une évidence.

    J’arrête mon mouvement et lui lance un regard interrogateur. Elle souffle, agacée. 

    — Je t’en ai parlé la semaine dernière. Tu ne m’écoutes jamais, c’est pas croyable ! La caravane pour le jeune que je viens d’embaucher. 

    Le jeune ? Embauché ?

    Je ne comprends rien. Je la toise avec des yeux ronds. Son agacement se transforme en colère. 

    — C’est pas vrai, Alex ! Nous en avons parlé ensemble pourtant ! L’étudiant qui sera là pour t’aider pendant mon absence.

    Mon sang ne fait qu’un tour.

    — Tu en as parlé et je t’ai dit que c’était inutile ! Tu te plains que je ne t’écoute pas, mais tu fais pareil. Je n’ai besoin de personne. Je peux très bien m’en sortir pendant trois malheureuses semaines.

    Le ton monte. C’est notre première discussion de la journée et nous sommes déjà en train de nous disputer. 

    — Et comment vas-tu gérer les plantations, les marchés, le ménage et tout le reste, tout seul ? 

    — Je suis grand, Gwen ! Trois semaines ce n’est pas l’éternité.

    — De toute façon, c’est trop tard. Il arrive dans une heure ! tranche-t-elle, hors d’elle. 

    Je suis ébahi. Une fois de plus, je me retrouve coincé dans une situation que je n’ai pas voulue, à cause d’un avis qu’on m’impose. Moi qui mourrais d’impatience d’être seul pendant son absence. Trois semaines de tranquillité, où j’aurais pu vivre comme je l’entends et faire ce que moi je veux ! Sauf que, même ça, on ne me le permet pas. Je bous d’une colère que je ne peux pas exprimer. Je jette la grelinette au sol et m’éloigne, avant de dire quelque chose que je pourrais regretter. 

    — Je fais ça pour t’aider ! Tu n’es qu’un ingrat ! crie-t-elle, sans chercher à me retenir. 

    Elle a raison. Je suis un ingrat, un menteur et un lâche ! 

    Même si je respire normalement, une sensation de suffoquer me prend à la gorge. C’est ma vie qui m’étouffe, qui me donne l’impression de mourir à petit feu. Je n’en peux plus de faire semblant, de subir les décisions des autres. Je veux juste qu’on me laisse tranquille. 

    Je marche un long moment, sans but, pour tenter de brider ma colère. Je franchis les limites de la ferme et m’engage sur un petit sentier. Irrité, je ne remarque pas la nature qui m’entoure. Le chemin s’enfonce sous le couvert des arbres qui cachent les rayons du soleil. L’obscurité, aussi sombre que mon humeur, m’enveloppe. 

    Je sais que Gwen n’agit pas de la sorte pour me blesser. Nous sommes ensemble depuis quinze ans, mariés depuis dix. Pourtant, j’ai la désagréable sensation qu’elle ne me connaît toujours pas. Elle n’essaie même pas. Elle me voit tel qu’elle veut que je sois. Et moi… je rentre dans son jeu. Je plie. Je dissimule, pour entrer dans le moule qu’elle m’a créé. J’étouffe.

    Je tape dans un caillou qui ricoche sur le chemin. Il roule le long de la pente douce. Je le fixe avec intensité. Je suis comme lui. Je tombe inexorablement, sans m’arrêter, sans pouvoir faire marche arrière. À nouveau, la culpabilité me comprime la poitrine. Si je suis mal dans ma peau, c’est de mon unique faute. Je suis lâche. Pour être honnête avec moi-même, il est plus facile de céder, de faire semblant, que de me battre, jour après jour, pour être accepté tel que je suis vraiment. Je soupire, écœuré. 

    — Bonjour, Alex. Tu t’offres une petite balade matinale ? 

    À peine surpris par ce salut, je cache mon trouble et ma colère derrière mon masque de bonne humeur. Nous sommes à la campagne et pourtant il est impossible, ici aussi, d’échapper aux conventions sociales. Martha, la femme du maire, une sexagénaire pleine d’entrain, me rejoint, accompagnée de son chien. Je lui souris poliment. 

    — Oui, je me dégourdis les jambes, avant de retourner aux plantations. 

    — Beau-papa m’a dit que la caravane allait recevoir un p’tit jeune pendant l’absence de Gwen. C’est bien. Ça te fera de l’aide et pour nous, un peu d’animation. On s’inquiétait tous que tu te retrouves seul.

    Elle paraît aux anges et sincèrement soulagée. L’exaspération gonfle en moi, mais j’affiche un sourire de circonstance. 

    — Oui, il arrive bientôt. Je vais d’ailleurs y aller pour l’accueillir. 

    Je commence à m’éloigner, bien décidé à couper court à la discussion. Je lui fais un signe amical de la main et rebrousse chemin.

    — Merde… sifflé-je, dépité. 

    Tout le monde semble se lier contre moi et la nouvelle a, bien évidemment, déjà fait le tour du village. Plus je m’approche de la ferme et plus je me fais une raison. Les dés sont jetés, je ne peux plus rien y changer. Je soupire pour me calmer. Si je n’accepte pas cette situation au plus vite, ce ne sera que cris et disputes et je n’ai pas l’énergie d’affronter ça. Arrivé chez moi, j’entre dans la maison, à la recherche de ma femme. Je la rejoins dans la cuisine, où elle prépare le repas. Ma colère est retombée pendant ma petite escapade. Je décide de faire le premier pas.

    — Excuse-moi… dis-je, penaud.

    Elle relève ses yeux bleus et me sourit avec tendresse. 

    — Je te connais bien, Alexandre Poitiers, affirme-t-elle en s’approchant de moi. Je savais que tu reviendrais avec de meilleurs sentiments. Tu comprends que je fais ça pour ton bien, non ? 

    Elle me plante un baiser sur les lèvres, ravie. Je hoche la tête, hésitant à la contredire. Le faire nous mènerait à un nouvel accrochage et je suis déjà épuisé. Si elle faisait vraiment ce qui est bon pour moi, elle serait à l’écoute de mes besoins, n’est-ce pas ? Toutefois, je me tais. 

    — Lave-toi les mains, on va passer à table. 

    Elle retourne à ses casseroles, aveugle et sourde à ma tension et à mon mutisme. Je me dirige vers l’évier, le pas lourd.

    — Papa a nettoyé de fond en comble la caravane. Il l’a installée dans le jardin, derrière le chêne, comme ça Gabriel aura un peu d’intimité.

    Je l’écoute d’une oreille distraite, concentré sur la mousse que j’étale sur mes mains calleuses. Gwen a la fâcheuse tendance à occuper tout l’espace sonore. En permanence. Moi qui aime le calme, le seul moyen de l’endurer au quotidien est de m’enfermer dans une bulle. Elle ne le supporte pas. Elle a besoin que je m’intéresse à elle, alors que de mon côté, j’ai soif de silence. Ni elle ni moi ne sommes capables d’offrir à l’autre ce qui lui est nécessaire. Donc, elle parle constamment, en espérant capter mon attention. Et plus elle parle, moins je l’écoute… 

    — Tu verras, ce jeune a l’air sympa. Il a vingt-cinq ans, je crois. Il étudie les arts. 

    Ces dernières paroles me tirent de mon inattention. Je pivote vers elle, surpris. L’irritation remonte aussitôt à la surface. 

    — Tu es en train de me dire qu’il n’a aucune expérience en maraîchage ? 

    Elle ne réagit même pas face à mon agressivité.

    — Il y avait urgence. J’ai engagé le premier qui s’est présenté, répond-elle d’un ton innocent.

    — Quelle urgence ? lancé-je, en m’essuyant les doigts rageusement. Tu m’imposes une aide que je n’ai pas demandée et je me retrouve avec un novice qui n’a jamais mis les mains dans la terre.

    — Même s’il n’a pas d’expérience, il est motivé et c’est toujours deux bras en plus, dit-elle avec calme, sans se démonter. 

    Elle sait qu’elle aura le dernier mot, que je vais forcément céder. Une fois encore, seul son point de vue compte et ça me rend fou de rage.

    — Tu réalises que je vais perdre plus de temps qu’autre chose à le former ! 

    Un raclement de gorge gêné nous interrompt. Un jeune homme se tient sur le seuil de la cuisine, hésitant. 

    — Je suis désolé. C’était ouvert… bafouille-t-il, le visage empourpré.

    Gwen repose le plat qu’elle porte et se précipite vers le nouvel arrivant.

    — Gabriel, bonjour ! Je ne t’attendais pas avant une bonne demi-heure. 

    Elle presse une main chaleureuse sur son épaule pour l’inviter à entrer.

    — Je suis désolé, je vous ai interrompus… dit-il en me jetant un regard affligé. 

    — Ce n’est rien ! s’exclame Gwen. Arrête de t’excuser. Tu es le bienvenu. Je te présente mon mari, Alexandre. Alex, voici Gabriel. 

    Il fait un pas dans ma direction et me tend la main. Je reste immobile quelques secondes. Je me débats avec ma colère, toujours vive, la gêne d’avoir été surpris dans cet état et la culpabilité de mettre ce jeune homme mal à l’aise. Je relève le regard pour croiser le sien. Deux yeux en amande aux iris sombres me fixent. Il semble sincèrement heureux de me rencontrer. Sous ses cils fournis, ses prunelles brillent d’une certaine détermination. Je me décide enfin à réagir à son salut. Ma large paume recouvre presque sa main délicate. 

    — Bonjour Gabriel, bienvenu à la ferme du Loup Blanc.

    Un immense sourire me répond et illumine son visage. 

    — Merci. Appelez-moi Gab… 

    — Viens, viens, assieds-toi, lance Gwen à notre invité impromptu. Le repas est prêt. Tu tombes très bien, en fait.

    Gabriel la remercie timidement et s’installe sur une chaise. Je prends le temps de l’étudier. Il est grand, légèrement plus que moi, mince et élancé. Il n’a pas une musculature très développée, mais semble tout de même vigoureux. Je suis rassuré de m’apercevoir que Gwen n’a pas embauché un maigrichon inapte à soulever une pelle. Les travaux de la terre demandent une énergie physique assez importante. J’espère qu’il pourra suivre le rythme. Et s’il ne le peut pas… Je n’hésiterai pas une seule seconde à le renvoyer. Je n’ai pas de temps à perdre avec un incapable. Je m’assieds en face de lui, aux côtés de ma femme, qui n’a pas attendu pour engager la conversation.

    — Tu as fait bonne route depuis Lille ? Ça te fait une petite trotte jusqu’ici. Il faut dire que nous habitons loin de tout. Le trafic ne devait pas être trop dense à cette heure. S’il y a bien une chose que je déteste, ce sont les bouchons. Au moins ici, nous n’en avons jamais. Tu n’as pas eu trop de mal à trouver la ferme ? J’espère que tu as pris la route nationale, sinon tu perds vingt minutes. 

    Le pauvre, il n’a même pas le temps de répondre qu’elle pose déjà une nouvelle question. Il semble pourtant calme et serein devant ce flot de paroles.

    — La circulation a été bonne, merci. J’ai eu de la chance, c’était fluide. Le GPS m’a bien aidé à vous trouver. C’est vrai que vous êtes dans un coin reculé.

    Sa voix est grave et posée. Elle est agréable à entendre. C’est déjà ça. Si je dois passer trois semaines avec lui, au moins, je n’aurai pas les oreilles cassées à chaque fois qu’il ouvrira la bouche. Gwen s’esclaffe à sa remarque.

    — C’est le prix à payer pour le calme et la tranquillité, répond-elle. 

    Elle a toujours vécu ici. Elle est d’ailleurs née dans cette maison. Elle aime ce village et la campagne paisible. Nous avons ce point en commun. C’est ce qui nous a rapprochés, il y a quinze ans, et nous a poussés à nous marier. Même si, de mon point de vue, parler toute la sainte journée sans discontinuer n’est pas la meilleure manière de profiter de la quiétude de la nature…

    — J’aime le silence.

    Je le regarde, surpris. Cette petite phrase prononcée en douceur, comme un aveu, semble faire écho à mes propres pensées. Il me sourit avec chaleur. Il émane quelque chose de lui qui me questionne. Un calme, une certaine sérénité. Je me dis que, peut-être, j’arriverais à le supporter pendant les prochaines semaines. 

    Alors qu’elle nous sert le repas, Gwen reprend aussitôt son interrogatoire. Pour une fois, je suis soulagé qu’elle monopolise la conversation. Cela m’évite de devoir me forcer à parler. C’est fatigant de devoir chercher des sujets de discussion. Mais pour elle, c’est naturel. Elle sait toujours quoi dire, quoi demander. Ils bavardent pendant une bonne demi-heure. Je me surprends à écouter attentivement leur échange. 

    — Tu étudies les arts, c’est ça ? l’interroge-t-elle.

    Il acquiesce de la tête.

    — Je suis en école de Design. C’est ma dernière année. Je vais enfin réaliser mon rêve de devenir architecte d’intérieur. Il est temps que je rentre dans la vie active. 

    — Ça consiste en quoi, le métier d’architecte d’intérieur ?

    — Je serai chargé de l’aménagement et de la décoration intérieure des maisons ou des bâtiments. Le but étant de rendre l’espace accueillant, confortable et fonctionnel. Ça demande beaucoup de créativité et de technicité. Il faut prendre en compte les contraintes des lieux et le budget.

    Il rayonne, littéralement. Sa passion se lit sur son visage. Il aime ce qu’il fait, ça se voit et ça s’entend. Gwen est suspendue à ses lèvres. Elle semble aux anges quand il lui explique son futur métier. C’est un artiste. Je me sens subitement intimidé par ce jeune homme cultivé et sensible. Je me trouve si terre à terre avec mes semis et mes salades. J’observe ses mains qui dansent dans les airs pour appuyer ses propos. Elles sont longues et fines. Ses doigts délicats sont faits pour tenir un crayon, pas pour retourner le sol. Je ne peux m’empêcher de les comparer à mes grandes paluches, abîmées, rêches et noircies par le travail manuel. 

    — Pardon, je parle trop, dit-il, avant de se taire.

    Je relève les yeux, troublé, et suis immédiatement happé par son regard pétillant. Pourquoi ai-je à nouveau la sensation qu’il lit dans mes pensées ?

    — Pas du tout, Gabriel. Ce que tu nous racontes est passionnant, s’exclame Gwen. Où vis-tu actuellement ?

    Elle reprend le cours de la conversation, fidèle à elle-même. Je me lève d’un mouvement brusque, soudain fatigué de cet échange. Ils m’observent tous les deux, déconcertés par mon geste. Je me racle la gorge.

    — Je retourne au travail. La récolte des pommes m’attend.

    — Tu n’as même pas fini de manger, s’étonne-t-elle.

    — Je n’ai pas très faim et j’ai du boulot.

    Gabriel se lève à son tour.

    — Je vous accompagne !

    Je suis surpris par sa véhémence. Il semble impatient. Gwen ne me laisse pas l’occasion de répondre et précise :

    — Je vais d’abord te montrer tes quartiers. Tu prendras le temps de t’installer. Ensuite, si tu le souhaites, tu pourras rejoindre Alex au jardin-forêt. Cependant, il n’y a aucune obligation, tu n’es pas censé travailler aujourd’hui. 

    — Ça ne me dérange pas de commencer tout de suite. Au contraire !

    Il est motivé, c’est rassurant. Je sors à la hâte de la maison, pressé de me retrouver seul. Je ne sais pas trop quoi penser de ce nouvel arrivant. Je dois bien avouer qu’il me perturbe légèrement. De toute évidence, il n’a pas sa place ici. C’est un étudiant, un artiste, qui habite dans la plus grande ville de la région. Pourquoi venir s’enterrer dans un coin paumé ?  Est-ce une question d’argent ? Je ne sais pas quel salaire Gwen lui a promis, mais ce que je sais, c’est que ce ne doit pas être mirobolant. La ferme génère des bénéfices. Nous avons assez pour vivre bien. Néanmoins, nous ne roulons pas sur l’or. Pourtant, il semble motivé, voire impatient de travailler. Ce jeune homme est un mystère.

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